[ITW] - Carlo VIEIRA : "Je suis disponible pour mon pays mais les choses doivent évoluer.." |
| Mardi, 01 Novembre 2011 03:57 |
![]() A l'occasion des élections présidentielles de la FIBB, IVOIREBASKET ouvre son micro à quelques acteurs du basketball ivoirien. Aujourd'hui c'est Carlo VIEIRA, manager de l'équipe nationale senior masculine, qui répond à nos questions. IVOIREBASKET : Bonjour M Vieira. Depuis 2007, les amateurs du basketball ivoirien ont pu constater votre présence auprès de l'équipe nationale sénior masculine. Avec les élections pour la présidence de la fédération qui auront lieu le 05 novembre prochain, le basket ivoirien tourne une page de son histoire. Sans forcément rentrer dans la polémique de vos relations parfois houleuses avec certains membres du staff du président Koré Moïse, quel bilan pourriez vous faire de ces dernières années passées avec la sélection? Carlo VIEIRA : Concernant mes débats houleux, ils m'ont donné raison en fin de compte, c'est juste dommage d'avoir perdu autant d'énergie. Je ne cache pas que l'ex président a fait preuve d'avangardisme sur le plan de la gestion de l'équipe nationale vu que la position de Génaral Manager n'existait pas. La confier à un jeune homme était risqué, mais le pari a été gagnant à 100%, les résultats parlent, le fonctionnement lui aussi. Aujourd'hui nous sommes respectés en Afrique, tout le monde veut nous inviter et nous envie notre manière de travailler. Mis à part l'Angola, aucune nation africaine ne peut se targuer aujourd'hui d'avoir de meilleurs conditions de préparation, une fois que les moyens sont là bien entendu. C'est aussi ça le professionnalisme, instaurer une continuité réelle, que ce soit les médecins, les kinés, les entraineurs, c'est un gain de temps énorme. On cultive la communication , et si elle existe il y a la cohésion. Par exemple cette année nous avons changé d'entraineur mais nous avons tout de même gardé notre assistant de la CAN 2009, et je peux dire que nous en avions tiré tous les bénéfices vu le retard que nous avons accumulé pour l'AFROBASKET, cela a sauvé les meubles. IB : Selon vous, quels sont les défis majeurs auxquels sera confronté le nouveau président? CV : En toute humilité je vais simplement évoquer les domaines que je connais, j'estime que chacun des acteurs peut avoir un avis sur tout mais, chacun a plus ou moins une spécialité ou alors des domaines de compétences qu'il maitrise. Pour en revenir aux défis, il y en a un que je mettrai au dessus des autres , c'est l'organisation de l'Afrobasket 2013 à Abidjan. Toutefois, quatre points me semblent importants : 1) L'organisation de la fédération Il faut des gens compétents dans leur domaine et surtout pouvoir déléguer les taches afin qu'elles soient exécutées efficacement et en temps voulu. Chaque poste ou fonctionnalité doit etre détaillé(e) en long et en large sans en omettre les limites, car trop souvent les prérogatives sont outrepassées par les uns ou les autres. Par exemple ce n'est pas normal qu'une fédération n'arrive pas a répondre à temps à des courriers officiels en période de compétition, ou tout simplement n'arrive pas à obtenir des visas à temps pour les joueurs pré-sélectionnés. 2) La formation des jeunes Personnellement j'ai fait partie des pionniers des catégories poussins en Côte d'Ivoire, je peux vous dire qu'il y avait pas assez de place dans mon centre de formation, on faisait la queue pour faire des lay ups...c'était extraordinaire. J'ai eu la chance de voir les jeunes catégories lors de mes récents passages à Abidjan, il y a pas foule, je ne sais ce que donne le championnat OISSU? C'est vrai qu'à l'époque il y avait l'effet Michael JORDAN, mais bon aujourd'hui tout le monde connait KOBE et LEBRON, il ya pas de raisons, il faut juste aller chercher les jeunes, les motiver avec des matchs, des tournois, des récompenses digne d'un futur champion, il faut qu il y aie plus d'aspect ludique et festif, d'ou le GAME 225, et je suis sur que l'on trouvera le prochain Souleymane DIABATÉ. Dans ce volet le but est aussi de pouvoir former de futurs professionnels, pas seulement d'attirer des licenciés, de futurs joueur NBA se trouvent peut être en Côte d'Ivoire. Pour cela il faut pouvoir offrir des débouchés aux jeunes talents, créer des partenariats avec les structures ailleurs, desclubs étrangers, assurer des échanges.. Encore faut-il s'intéresser à ce qui se fait ailleurs.. 3) Le niveau du championnat Le fait est clairement que le niveau du championnat ivoirien est mauvais. Il se peut qu'il y aie de meilleures générations mais il n'y a jamais de mauvaises générations, il ya surtout un manque de formation, un manque de compéténce technique et surtout il n'y a pas de but, pas suffisament d'engouement suscité par le championnat. Par exemple ce n'est pas normal d'assister à un match de championnat national de 1ere division sans voir un seul écran efficace. On peut l'expliquer par le manque d'informations, le manque de visibilité extérieure, on se contente de se comparer à ce qui est devant nous, alors on est très vite limité. La fédération doit pouvoir communiquer, faire voir comment ça se passe ailleurs où le niveau est plus élevé, il faut apprendre des autres, joueurs et entraineurs, car tout simplement nous sommes à des années lumières du basket professionnel. On m'a dit que dans les années 80, l'Angola envoyait des entraineurs se faire former en Côte d'Ivoire, j'ai peine à y croire vu le gap de niveau existant. Et pour avancer il ne faudra pas avoir honte de vouloir faire comme les autres, et de bien vouloir se remettre en question. Le basket évolue, les physiques, les tactiques évoluent, il faut se mettre a jour. Vous me direz surement qu'il faut avoir les moyens de pouvoir regarder au dela de nos murs... Imaginez vous que les coachs NBA assistent à des séminaires d'une semaine consacrer à la "passe", vous imaginez Phil Jackson en train de réapprendre comment faire une passe? 4) Les équipes nationales J'entends dire, venant des candidats, que le basket ivoirien est en chute libre, excusez moi du peu mais depuis 2007, les résultats sont constants et surtout excellents sur le plan international. On a beau dire, ces résultats sont le fait du professionnalisme de la part de la fédération qui était en place, on peut critiquer, juger mais à la fin les résultats sont là, et il faut les reconnaitre. Le défi du prochain président sera de maintenir ce niveau ou sinon faire mieux en portant la Côte d'Ivoire au sommet du basket africain hommes et dames. Il devra juste prendre conscience que les sports collectifs aujourd'hui se remportent avec une organisation parfaite , du professionnalisme, et pas seulement avec de bons joueurs sur le terrain. Il faut que l'on observe ce qui se passe ailleurs, l'exemple du Sénégal et du Nigeria, qui bien que disposant surement des meilleurs joueurs africains, n'arrivent déjà même pas à les réunir, puis montent des organisations catastrophiques, et ce sont eux mêmes qui le disent, tout simplement par manque de professionnalisme malgré des joueurs de niveau NBA. Des équipes très simples comme la Tunisie domine notre basket comme l'Egypte l'a fait au foot, avec une discipline, une organisation correcte, et je peux vous dire que les joueurs tunisiens n'ont pas gagné grand chose en remportant cette coupe d'Afrique, à peine 10 000 euros chacun. Le nouveau président devra instaurer une politique de grandes équipes nationales (que ne je ne retrouve dans aucun des programmes), car elle sont le rayonnement d'un sport et d'une nation, le football est ce qu'il est grâce à son équipe nationale qui ne gagne rien mais qui a fière allure. Les équipes nationales seront le fer de lance de la communication de la fédération et du sponsoring des partenaires privés, il n'y a pas de secret. Aujourd'hui si l'on motive chaque joueur du championnat ivoirien, en leur disant que les portes de notre équipe nationale sont ouvertes, vous allez voir du spectacle dans ce championnat. L'équipe nationale est le canal marketing, c'est la motivation ultime pour un joueur africain, mais aussi un facteur de développement. Le prochain président pourrait se rapprocher des joueurs expatriés afin qu'ils contribuent eux aussi au développement du basket, et ils en ont la volonté et les moyens. IB : Et bien, vous en avez des choses à dire pour le développement du basket ivoirien. Revenons-en à l'élection, connaissez-vous les trois candidats et avez-vous une préférence pour l'un d'entre eux? CV : Personnellement je n'en connais aucun, on m'a beaucoup parlé du président Touré que je n avais pas connu quand j'étais en Cote d Ivoire. Apparemment il préside le plus grand club ivoirien de basket ABC (le seul semi professionnel) et a présidé l'Africa Sport, club légendaire d'antan. Réussir à diriger ces clubs ne doit pas être chose aisée, j'ai tout de même eu l'occasion de le rencontrer une fois, et a fait preuve de beaucoup de charisme. Mahama Coulibaly, lui, je l'ai rencontré à plusieurs reprises. Il est à la tête d'une très bonne équipe féminine, ce monsieur n'a pas à prouver son attachement pour le sport. Quant à Emmanuel Amichia, je l'ai rencontré cet été, il est certes dans le milieu depuis des années et ses connaissances du sport doivent être reconnues mais je trouve que les compétences sont à améliorer : ouvrir des maquis pour subventionner une fédération ne fait pas preuve de professionnalisme dans le sport, ou encore lorsque l'on clame que l'ensemble du matériel qui se trouve à la FIBB est la propriété de Emmanuel Amichia, il faut comprendre pourquoi cette fédération est dans cette état. En ce qui me concerne je mettrai une croix sur lui. IB : Comment envisagez-vous la suite avec l'équipe nationale? CV : Il y aura un nouvelle fédération, ça sera à elle de décider comment elle voudra fonctionner dorénavant. Je suis disponible pour mon pays, pour le basket ivoirien. Seulement, les choses doivent évoluer, avec la définition claire et exacte du rôle du GM, les prérogatives, les limites car il a fallu y aller au forceps par moment c'est bien dommage, mais lorsque je vois ce que ça a donné, on comprend que la fin a justifié les moyens. Il se peut que l'on se passe de moi, l'équipe nationale de CI n'est pas mienne, contrairement à ce que certains ont pu dire à la télé, dans les journaux. Je souhaiterais alors bonne chance à la nouvelle équipe, j'ai passé les plus beaux moments de ma vie en compagnie de mon équipe, elle m'a fait grandir en tant qu'homme. Aujourd'hui je connais ma voie, je lui serai reconnaissante à jamais, je dirais juste rendez dans quelques années à la fédération... IB : Avez-vous un message à faire passer aux joueurs de l'équipe nationale et aux amateurs du basket ivoirien en général? CV : Tout d'abord les joueurs de l'équipe nationale, sélectionnés ou pré-sélectionnés, je vous remercie tous d'avoir participé à toutes ces campagnes. Pour ma plupart, vous avez surement pris part à vos plus grands souvenirs et expériences en tant que basketteurs. Pour certains, l'Afrobasket 2011 a été la dernière expérience, pour d'autres l'avenir fera de vous les prochains leaders confirmés. 2013 peut être l'année de la Côte d'Ivoire, en accueillant ou pas la coupe d'Afrique à Abidjan, les équipes nationales ont appris de leurs dernières expériences et aujourd'hui nous sommes prêts à gagner, vous savez ce qu'il faut faire et ne pas faire dorénavant pour gagner. Ne vous comparez à personne d'autre car vous êtes uniques, engagez vous à 100%, pliez vous à la grandeur du groupe et je vous promets que nous serons les meilleurs. D'autres frappent à la porte de l équipe nationale, ça sera à vous de les y intégrer petit à petit, aussi concernant les joueurs locaux, suivez l'exemple de Stéphane Konaté, qui est pour moi le joueur idéal en tout point, qui travaille, a de la rigueur, le respect de la vie du groupe, et surtout fait passer le groupe avant lui même. A mes amis amateurs de basket, le basket est le sport le plus spectaculaire au monde, après le football c'est le plus grand sport, les exigences sont énormes, quel que soit l'âge du joueur. Si vous voulez jouer au basket, dites vous qu'il y a des milliers d'autres jeunes qui veulent en faire autant. Je reçois souvent les messages de jeunes qui veulent jouer en France ou aux Etats Unis, je vais juste communiquer quelques chiffres : il y a plus de 1000 universitaires seuls 40 vont en nba chaque année. Sur tous les centres de formation français des clubs professionnels en moyenne 1,8 joueurs signent professionnel en proA ou proB. Tout ça pour vous dire qu'il faut travailler dur, accepter d'apprendre, et surtout regarder le basket international, l'Euroligue, l'Espagne, la France.. On apprend beaucoup en regardant, d'ailleurs on apprend tous les jours. IB : Vous êtes par ailleurs l'initiateur du tournoi international Game 225 dont la 3ème édition devrait avoir lieu l'année prochaine à Abidjan, que reservez-vous aux basketteurs ivoiriens? CV : Oui, encore une fois toute mes excuses pour cette édition manquée à tous les fans du Game. 2011 a été une année difficile pour beaucoup d'entre nous et surtout pour les entreprises, si bien qu'elles nous ont garanti que 2012 serait plus propice à la grande fête du streetball africain. En attendant nous travaillons sur des projets mon équipe et moi, dont un documentaire sur le Game 225. 2012 sera l'édition panafricaine par excellence avec des pays de la sous région mais aussi d'Afrique centrale. Et bien entendu comme je l'ai promis des invités NBA pour 2012. IB : Merci M VIEIRA |